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En juillet 1974 sort Rock Bottom, deuxième album solo de ROBERT WYATT, grand musicien de rock, fondateur de SOFT MACHINE puis de MATCHING MOLE en 1972, deux groupes marquants de l’école Canterbury.  L’album a été produit par  le batteur de PINK FLOYD, Nick Mason.

fleche 715  Le contexte de l’album

Fin 1972, ce musicien talentueux multi-instrumentiste envisage la dissolution de MATCHING MOLE pour s’orienter vers une carrière solo alors qu’il avait déjà collecté l’essentiel des compositions pour le 3ème album du groupe. C’est lors d’un séjour à Venise en hiver de l’année1973 avec sa compagne Alfreda Benge (Alfie), assistante éditrice sur le tournage du film Don't Look Now, qu’il fait une chute accidentelle grave : il reste à l’hôpital paralysé des jambes.

Cet accident le pousse à reconsidérer sa carrière musicale : ne pouvant plus jouer de la batterie le choix d’une carrière solo est encore plus justifié avec une place déterminante pour la composition. Loin de tout découragement il reprend son travail d’écriture à l’hôpital même, avec un vieux piano. Il part des matériaux sonores de cet album destiné antérieurement au groupe dissous.

Désormais il chantera et jouera sur claviers.

Voici ce qu’a déclaré à ce sujet Robert Watt par la suite « …juste après l’accident, je me suis marié avec Alfie. C’est la personne qui m’a permis d’écrire certains morceaux, un mélange d’amour et de curiosité, tout un tas de choses. La véritable influence d’Alfie, ce fut sur la musique en elle-même car elle trouvait que certains de mes morceaux les plus récents étaient trop chargés, trop condensés. Et elle disait souvent “pourquoi ne laisses-tu pas respirer les choses un peu plus comme le fait Van Morrison, ou des gens comme ça.” Elle fut d’une grande aide, j’ai appris à laisser respirer les choses. »

… « Maintenant que je chante et joue du synthé en même temps, j’ai plus le contrôle de ce que je fais. Je crois que cet accident m’a permis de devenir un musicien beaucoup plus attentif et concentré sur son sujet. ».

Lorsque Robert Wyatt quitte l’hôpital en novembre 1973, ses amis de SOFT MACHINE et de PINK FLOYD organisent une série de concerts au Rainbow Theatre de Londres dont les bénéfices lui seront reversés.

La pochette de l’album

Alfreda Benge, sa compagne Alfie, a réalisé l’illustration de la pochette. Le dessin rappelant celui d’un enfant est d’une blancheur évoquant celle des tenues hospitalières…Quel contraste avec l’illustration très vive en couleurs de la réédition en CD de 1998. Curieux et énigmatique dessin qui montre trois enfants jouant au bord de l’eau (la mer ?) ; l’un d’eux tient des ballons et semble appeler les autres. Le tiers bas du dessin montre le fond de l’eau plutôt inquiétant avec de nombreuses algues, contrastant avec le calme apparent de la surface.

fleche 715 La musique de l’album

C’est une musique très élaborée malgré parfois une simplicité apparente, avec des parties instrumentales de haut niveau. Cette musique provoque des émotions très fortes: inquiétude, angoisse, souffrance mais aussi mélancolie et plénitude. La voix de robert Wyatt, fragile, aigue, omniprésente tout au long de l’album, renforce ces émotions. Elle est comme un instrument de musique à part entière.

Comme pour l’illustration on sent que la composition musicale garde des stigmates profonds du grave accident et du traumatisme consécutif. On peut considérer l’album comme une sorte d’analyse introspective, comme aussi un bilan avant un nouveau départ de la vie.

On ressent dans cet album l’influence de l’école de Canterbury et des riches expériences de SOFT MACHINE et MATCHING MOLE. Parfois des accords dissonants sont introduits dans des mélodies sublimes mettant en relief les harmonies. Cette musique peut être classée dans le rock progressif, teinté de jazz, voire de musique minimaliste ; peut-être une musique progressive expérimentale.

A noter, la présence de musiciens amis expérimentés et brillants dans l’orchestration de l’album : Richard Sinclair de CARAVAN à la guitare basse avec Hugh Hopper de SOFT MACHINE, Gary Windo à la clarinette et au saxo de MATCHING MOLE, Fred Frith au piano de HENRI COW et le musicien multi-instrumentiste Mike Oldfield à la guitare électrique.

fleche 715 Quelques notes sur les titres

Chaque titre tourne autour de 6mn.

Sea Song 

Très belle chanson langoureuse avec de superbes cœurs à partir de 3mn20, sur fond de piano et d’orgue-synthé aux accents parfois inquiétants (accords minimalistes discordants). Dans la partie finale, à partir de 4mn le chant de Robert WYATT fait place aux vocalises tremblantes et haut perchées exprimant une souffrance poignante.

A Last Straw 

Après une introduction instrumentale douce assez jazz de près de 1 mn, le chant commence montant crescendo jusqu’à 2mn et la voix se mue en trombone à sourdine wah-wah (jusqu’à 3mn). Puis le chant reprend pour se fondre ( à 3mn 50) dans une partie instrumentale lente et langoureuse. A 5mn 45, fin dans une musique minimaliste au piano aux notes de plus en plus graves.

Little Red Riding Hood Hit the Road 

Ce titre qui suit le précédent sans coupure, est le plus long (7mn 42) et la pièce maîtresse de l’album. Une intro avec délire des cuivres (trompette et saxo) au début répétitive (jusqu’à 1mn45) puis montant crescendo accompagnée du piano et aboutissant  à une variation mélodique du chant de Wyatt d’une beauté à vous fendre le cœur. Voix, batterie et synthé participent également à ce tourbillon démentiel aux accords parfois discordants, dans lequel les paroles restent inaudibles (mais ici le sens des paroles importe peu, l’essentiel est l’atmosphère qui s’en dégage) ; un vrai joyau musical plein de tristesse, déprimant et inquiétant à la fois. Final en fade out très lent.

Alifib

Un titre très déroutant aux paroles répétitives et insensées qui exprime une profonde souffrance psychique sur une composition musicale minimaliste. Après une intro dans laquelle le mot Alife est chuchoté en continu vient une longue partie instrumentale avec clarinette, synthé et guitare produisant comme un son de mandoline électrique puis le chant de Wyatt reprend (à 3mn 40) dans une jolie mélodie très langoureuse exprimant toujours une profonde douleur.

Alife 

Ce titre est la seconde partie du précédent qu’il suit sans pause. La mélodie change et le rythme aussi avec une montée crescendo inquiétante accompagnée de l’orgue, du piano et des cuivres aux sonorités torturées. Puis le chant aux paroles délirantes fait place (à partir de 3mn) à une longue partie instrumentale aux saxo (Gary Windo) très jazz-prog sur fond de piano, exprimant encore une souffrance extrême.

Little Red Robin Hood Hit the Road 

Le titre final est constitué de deux parties très différentes ; la première commence par une reprise modifiée du thème mélodique du 4ème titre Little Red Riding Hood Hit the Road avec les riffs splendides des guitares de Mike Oldfield. Ici la musique exprime moins le désespoir ou la folie que les deux titres précédents mais la souffrance n’en est pas moins encore présente. A partir de 1mn40 la mélodie change avec un motif et un chant répété inlassablement.

La deuxième partie aux sonorités quelque peu dysharmoniques commence à 2mn50 avec un chant aux paroles psalmodiées sur une petite variation mélodique très minimaliste exécutée avec des violons de plus en plus grinçants jusqu’à la fin au petit rire effrayant.

fleche 715 Bilan de l’album

Rock Bottom s’est bien vendu et Robert Wyatt a été reconnu et consacré comme musicien solo indépendant. La page de SOFT MACHINE a été enfin tournée. Les critiques ont acclamé un album de très grande qualité, considéré comme l’un des meilleurs dans la vaste galaxie du rock psychédélique et prog.

Rock Bottom a remporté en France le Grand Prix du disque de l’académie Charles Cros. C’est une pièce maîtresse essentielle du rock progressif et/ou expérimental, une œuvre parfois difficile d’accès et qui nécessite plusieurs écoutes pour en apprécier la quintessence. Robert Wyatt ne sortira pas de nouvel album avant 1985 avec Old Rottenhat. Aucun de ses albums ultérieurs n’atteindra le niveau de Rock Bottom.

Site sur Robert Wyatt : http://www.strongcomet.com/wyatt/

 

Jaime Prog

 

fleche 715 Musiciens

Robert Wyatt : vocaux, claviers, "James' drum"

Richard Sinclair : guitare basse

Laurie Allan : batterie

Hugh Hopper : guitare basse

Ivor Cutler : vocaux

Mongezi Feza : trompette

Alfreda Benge : vocaux

Gary Windo : clarinette basse, saxophone ténor

Fred Frith : alto, piano

Mike Oldfield : guitare

Techniciens

Nick Mason : producteur

Steve Cox et  Dick Palmer : ingénieurs

Toby Bird – Assistant ingénieur

 

fleche 715 Titres

Face 1

Sea Song : 6:31

A Last Straw :  5:46

Little Red Riding Hood Hit the Road :  7:40

Face 2

Alifib :  6:55

Alife :  6:31

Little Red Robin Hood Hit the Road :  6:08

fleche 715 Musiciens

Robert Wyatt : vocaux, claviers, "James' drum"

Richard Sinclair : guitare basse

Laurie Allan : batterie

Hugh Hopper : guitare basse

Ivor Cutler : vocaux

Mongezi Feza : trompette

Alfreda Benge : vocaux

Gary Windo : clarinette basse, saxophone ténor

Fred Frith : alto, piano

Mike Oldfield : guitare

 

 

A1 Sea Song 00:00

A2 A Last Straw 06:31

A3 Little Red Riding Hood Hit the Road 12:17

B1 Alifib 19:56

B2 Alifie 26:51

B3 Little Red Robin Hood Hit the Road 33:23

Sea Song

A Last Straw

Little Red Riding Hood Hit the Road

Alifib

Alife

Little Red Robin Hood Hit the Road

Album vinyle 1974

Album vinyle 1974

Tag(s) : #L'apogée

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