Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A la fin mars de l'année 1974 sort le sixième album du groupe de rock progressif britannique KING CRIMSON, intitulé  Starless And Bible Black.  Le titre est une citation du début de la pièce du poète Dylan Thomas, Under Milk Wood, écrite en 1953 pour affirmer la beauté du monde face à la barbarie du bombardement d’Hiroshima en 1945. D’autres groupes de rock firent référence à cette pièce comme THE KINGS et FRANK ZAPPA.

 

    Le groupe

Après la grave crise qui frappe le groupe en 1971 (suite à l'album Island) et qui conduit à son explosion, un nouveau KING CRIMSON, avec un line-up entièrement renouvelé autour du fondateur Robert Fripp, refait surface avec éclat en 1973 (album Lark’s Tongues in Aspic) avec une musique  expérimentale et un son métal. Starless And Bible Black est donc le deuxième album de la nouvelle formation.

Les recherches expérimentales ont conduit naturellement le groupe à développer les improvisations dès le début de l'année 1973 au cours de nombreux concerts en Europe et aux USA. Cette même année Jamie Muir, le percussionniste talentueux aux accents orientaux, en pleine crise de mysticisme, quitte le groupe qui se retrouve avec quatre musiciens : Robert Fripp à la guitare et aux claviers, Bill Bruford à la batterie, John Wetton au chant et à la basse et David Cross au violon et à la viole.

Ainsi KING CRIMSON révolutionne le rock progressif en retravaillant les ruptures de rythmes, les variations et nuances musicales. Les rapports entre complexité musicale et improvisation, structuration et déstructuration sont revisités. Son parti pris désintéressé pour l'expérimentation lui fait prendre des risques, risques d'incompréhension et d'isolement, risque de désorienter son propre public. Mais le quatuor  peut s'appuyer sur sa maîtrise technique et sa cohésion acquises au cours des multiples lives (plus de cent concerts entre mars et novembre 1973).

Ces impros serviront à la composition de leur prochain album Starless And Bible Black qui sortira en mars 1974. Cependant les tensions ne disparaissent pas pour autant : d’abord David Cross, le violoniste, insatisfait de son rôle trop réduit dans le groupe ; puis c’est Robert Fripp qui sombre dans une crise spirituelle, peu après la sortie de l’album, mettant le groupe en vacances quelques temps.

   L'album

La moitié de l’album est composé d’enregistrements en live dont les applaudissements ont été effacés : We'll Let You Know, Trio, The Mincer et le titre éponyme Starless And Bible Black. L’autre moitié, trois titres et demi, sont le résultat d’enregistrements en studio : The Great DeceiverLament, la seconde partie de The Night Watch et la pièce centrale de l’album Fracture. Mais certaines parties du titre central sont des impros retravaillées en studio.

C’est un album noir, très sombre et donc musicalement très violent (riffs de guitare stridents, basse pesante, batterie puissante) et bien plus expérimental que Lark’s Tongues in Aspic. On peut parler d'une « descente aux enfers »

Sur les huit titres de l'album, quatre sont instrumentaux sans aucune parole:  We'll Let You Know, Trio, Starless and Bible Black et Fracture.  La première face comprend six titres relativement courts qui expriment un climat de déperdition progressive d'énergie (voir le contraste entre le très tonique The Great Deceiver et l'atonie envahissante de The Mincer). La seconde face est constituée des deux longs titres instrumentaux (Starless and Bible Black et Fracture) qui traduisent une ambiance de chaos, de folie et de fracture...

 

La pochette

La pochette a été réalisée par Tom Phillips, peintre britannique d'art contemporain dont Brian Eno, était élève. Ce dernier, peintre et musicien de rock expérimental et de musique minimaliste, a réalisé avec Robert Fripp en 1973 un album précurseur de la musique Ambient.

 

   Notes sur les titres

 

The Great Deceiver : avec des paroles écrites par Robert Fripp, ce titre est une raillerie sur les vitrines très commerciales des « marchands du temple » dans la cité du Vatican (Cigarettes , ice cream and figurines of the virgin Mary...). C'est un morceau de rock très énergique, avec nombreux riffs de guitare à forte décharge électrique, alternant plages au rythme frénétique et d'autres plus calmes. Fin du morceau en intensité maximale.

 

Lament : ce titre commence comme une belle ballade chantée dans laquelle le violon domine et à partir de 1mn 20 l'ambiance devient plus inquiétante puis violente, avec percussions et basse puissantes, riffs de guitare stridents. A partir de 3mn45, l'intensité monte et le final est brutal.

 

We'll Let You Know : titre instrumental entièrement improvisé, comme déjà précisé, et donc complexe par essence. Le morceau commence par des plaintes au violon, puis fait intervenir chaque instrument qui se surajoute à partir d'un motif de base à la guitare basse : guitare électrique, piano électrique, percussions se joignent crescendo à la basse. Puis chacun se sépare et final en fade-out.

La musique de style presque free-jazz fait entendre des grincements et quelques notes dissonantes exprimant une grande souffrance.

 

The Night Watch : la première partie jusqu'à 1mn 20 est une impro lors du concert du 23 novembre 1973 à Amsterdam ; le reste a été travaillé en studio. La chanson est inspirée d'un tableau du peintre flamant Rembrandt réalisé l'année de la mort de sa première femme. La chanson est une ballade chantée mélancolique dans laquelle les instruments de musique (mellotron, violon, guitare électrique) rivalisent pour exprimer la tristesse déchirante.

 

Trio : ballade instrumentale très paisible, improvisée, également enregistrée  le 23 novembre 1973 au Concertgebouw d'Amsterdam. Un titre à la musique mélancolique, très beau et très émouvant, sans percussion, donc avec trois musiciens, dans lequel la flûte (mellotron) et le violon se répondent ou jouent de concert tout au long, sur un fond de guitare acoustique.

 

The Mincer : titre improvisé essentiellement instrumental, enregistré à Zürich. C'est un morceau calme et inquiétant à la fois. La partie finale (à partir de 3mn 4s) est chantée – la voix de John Wetton a été rajoutée par la suite en studio – avec une accélération de rythme et de tension. La fin est ici aussi très subite.

 

Starless and Bible Black : long titre instrumental de plus de 9mn, enregistré également le 23 novembre 1973 au Concertgebouw d'Amsterdam. Une pièce musicale, avec tout au long percussions, guitare électrique et violon entremêlés, sur un motif mélodique répétitif. La lente montée crescendo dégage une atmosphère très inquiétante et angoissante. Après 6mn le rythme ralentit, (diminuendo) vers un calme apparent tout aussi inquiétant et le morceau termine en fade out (fondu).

 

Fracture : une pièce instrumentale, magistrale, de plus de 11mn. Ce dernier titre qui couronne l'album, peut sembler avoir été improvisé (surtout en première partie) alors qu'il a été  particulièrement composé (par Robert Fripp) tout en étant du pur rock expérimental. Une musique particulièrement complexe qui nécessite plusieurs écoutes. La pièce est constituée de  montées crescendo entrecoupées de plages de retour au calme apparent, annonciateur d'explosion prochaine (à 2mn 45, puis à 6mn 30 et à 10mn.  Ces montées crescendo deviennent de plus en plus agressives et violentes et font monter la tension à l'extrême. Sensations cauchemardesques, noirceur profonde, angoisse et terreur.  La partie finale libère l'énergie et la tension accumulées dans un fracas terrible de déflagration.

On peut sans doute considérer ce titre comme un des plus beaux morceaux de la nouvelle formation de KING CRIMSON. Batterie puissante, riffs écorchés de guitare électrique, basse ténébreuse, produisent de concert un rock violent, terriblement métal, métal-progressif avant l'heure.

A relever : à partir de 9 mn 25 le motif musical très torturé semble avoir été repris par GENESIS en 1976, mais en plus soft, dans album  A Trick Of The Tail - titre Dance On A Volcano à 4mn56.

 

   Bilan de l'album

A la sortie, les critiques ont été favorables : louanges de la revue Rolling Stones qui le place, par  la maîtrise du style, au dessus de l'album  The Court of the Crimson King, marqueur de la naissance du rock progressif en 1969.  Malheureusement les fans de la première période du groupe n'ont pas aimé l'album : trop hermétique sans doute pour eux. Il faut redire que plusieurs écoutes sont nécessaires pour l'apprécier à sa juste valeur. Starless And Bible Black est un album essentiel dans l'histoire du rock progressif.

Le 33 tours sera suivi de Red la même année, troisième album très achevé de la trilogie novatrice du nouveau KING CRIMSON.

 

Jaime Prog

 

Site du groupe : http://www.dgmlive.com/index.php

 

   Musiciens

Robert Fripp : guitare, mellotron, piano électrique

John Wetton : chant, basse

Bill Bruford : batterie, percussions

David Cross : violon, viole, mellotron, piano électrique

 

  Titres

Face 1

1- The Great Deceiver (Wetton, Fripp, Palmer-James) – 4:02

2- Lament (Fripp, Wetton, Palmer-James) – 4:00

3- We'll Let You Know (Cross, Fripp, Wetton, Bruford) – 3:46

4- The Night Watch (Fripp, Wetton, Palmer-James) – 4:37

5- Trio (Cross, Fripp, Wetton, Bruford) – 5:41

6- The Mincer (Cross, Fripp, Wetton, Bruford, Palmer-James) – 4:10

Face 2

7- Starless and Bible Black (Cross, Fripp, Wetton, Bruford) – 9:11

8- Fracture (Fripp) – 11:14

 

J'ai choisi:

Lament

The Night Watch

The Mincer

Starless and Bible Black

Fracture

Couverture vinyle mars 1974

Couverture vinyle mars 1974

Tag(s) : #L'apogée

Partager cet article

Repost 0